MUSICOMED - Labex Resmed – UMR IReMUS

Programme de recherche MUSICOMED proposé par le Professeur Frédéric Billiet – Université Paris-Sorbonne – membre de l'UMR IReMUS
avec la collaboration d'Anas Ghrab – Université de Sousse / CMAM

Musiques, religions et sociétés médiévales en Méditerranée

 

Diffusion des musiques sacrées du bassin méditerranéen dans les sociétés des mondes anciens et médiévaux

L'étude de l'histoire de la musique à l'époque médiévale participe dès ses débuts à l'élaboration d'une histoire de la musique Occidentale. Lorsque les orientalistes du XIXe siècle, à la suite des érudits du XVIIIe siècle, ont étudié l'histoire de la musique d'autres cultures, notamment celles de la large sphère relative aux terres où l'Islam s'est développé et où la langue arabe est dominante, il ne s'agissait pas d'étudier la musique à une époque donnée, mais de comparer la musique Occidentale et son évolution à celle des autres cultures. Ces écrits musicologiques du XIXe siècle avaient permis à l'Occident d'affirmer une certaine supériorité de la musique Occidentale par rapport aux musiques Orientales.

En 2016, la situation est différente. L'évolution des disciplines historique et musicologique, et la forte mobilisation des musicologues de part et d’autre de la Méditerranée, a permis de mieux connaître les anciens textes grecs et arabes consacrés à la musique et de saisir plus clairement leur évolution parallèle à celle de l'histoire des idées et des sciences. Mais, si certaines relations ont par exemple été établies entre les théories musicales rédigées en arabe et en latin, l’influence des textes et de la philosophie arabes sur les textes de culture latine n'est pas suffisamment mise en évidence dans l’historiographie musicale francophone. Il en est de même pour les textes hébreux sur la musique.

Pourtant, les travaux des musicologues qu’ils soient organologues, ethnomusicologues, archéo-musicologues, spécialistes en iconographie et paléographie ou en théorie musicale, confirment ces échanges entre les cultures qu’il faut mettre davantage en évidence pour repenser l’histoire de la musique antique et médiévale avec un regard moins « euro-centré ».

Par exemple la récente prise en compte des papyrus trouvés en Égypte et Palestine en tant que documents musicaux permet d’observer, dès le VIe siècle, la pratique d’un système musical de huit modes, communément répandu de Byzance à Alexandrie, en passant par Jérusalem et Antioche, et la circulation de ces chants soit par la langue grecque commune à ces provinces de l’Empire Byzantin, soit dans des liturgies régionales, en syriaque, géorgien, arménien, vieux nubien, copte, ou guèze. Les supports témoignent des pratiques liturgiques et paraliturgiques, d'une haute époque ; ils mettent en évidence les interactions de ces pratiques avec celles d’autres religions païennes ou monothéistes et avec des croyances populaires de leur époque ou des époques antérieures. La papyrologie chrétienne contribue ainsi à l’histoire de la notation en livrant les traces de premières notations musicales antérieures au IXe siècle, généralement admis comme le siècle de la naissance de la notation neumatique.

Dans le sillage des travaux des historiens, des archéologues et des historiens de l’Art, les musicologues doivent donc sortir l'histoire de la musique médiévale de la dualité Occident-Orient afin de modifier le point de vue. En effet, sur une échelle plus large, historiquement et géographiquement, en se positionnant depuis Bagdad, les chercheurs du programme francophone MUSICOMED s’engagent à étudier un langage musical commun qui engloberait les cultures gréco-byzantine, gréco-latine, byzantino-arabe, latino-arabe, judéo-arabe obéissant à un système musical unique et cohérent. Ils se placeraient ainsi à la frontière des cultures byzantine et persane, deux cultures dominantes pendant l'antiquité et qui marquent profondément la période médiévale tout en privilégiant l’héritage de la Grèce antique.

Ainsi, étant donné que l'histoire de la musique s'écrit essentiellement à partir des textes et des images, pour ce qui est de l'histoire de la musique médiévale, il nous semble indispensable de revoir aujourd'hui cette histoire en prenant en considération les textes dans toutes les langues qui ont marqué cette période : les langues grecque, arabe, latine, romane, hébraïque, persane et turque. De ce point de vue, les textes, les images et les témoignages archéologiques considérés comme relatifs à une culture Occidentale et méditerranéenne (voir la carte de l’Empire Justinien) seront lus avec un autre sens pour une meilleure compréhension de la musique médiévale.

Empire Orient-Occident
Carte correspondant approximativement à l’aire géographique concernée par le programme Musicomed (crédit : http://www.cartesfrance.fr/).

carte-empire-romain-grand-format.jpg

Les chercheurs de l’équipe MUSICOMED pourront inscrire ces recherches dans les objectifs de l’Axe 3 de  RESMED en «  associant les données du présent et la mémoire du temps long pour mieux envisager le rôle de la religion dans la culture musicale (musiques religieuses, musiques et rituels, pratiques musicales et appartenances confessionnelles et/ou communautaires) tout autour de la Méditerranée  ». D’où l’importance d’un travail commun entre médiévistes et ethnomusicologues de cultures différentes.

Un colloque international permettra d’engager la rédaction d’un ouvrage collectif pour penser autrement l'histoire de la musique sacrée antique et médiévale occidentale du point de vue de Bagdad.

Labex ResMed Logo

Derniers événements